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Chronique de confinement #3

Mis à jour : avr. 21

Chronique. Cela porte bien son nom.


On termine la cinquième semaine de confinement et l’équilibre commence à se trouver. Par chance, ou par force (il faut bien continuer à vivre), on continue d’avancer (mais on navigue à vue) en bonne santé. La fatigue, la lassitude, le manque d’envie commencent à peser sur le moral des troupes. Vivre entre quatre murs, ne pas voir plus loin que le bout de sa rue, quand on a la chance d’en avoir une devant sa fenêtre, produit son effet de sape. On garde le moral quand même. Notre stratégie est de maintenir un rythme, plus ou moins régulier, pour cadrer nos journées.



Levé à peu près comme avant (de toute façon, le gremlins s’en charge, faut pas se mentir), boulot pour l’un, dinette pour l’autre, je ne vous refais pas la dernière chronique.

Dans tout ça il faut trouver son salut. Celui qui vous fait sourire. Celui qui vous permet de garder la tête sur les épaules, pour vous et pour ceux qui vous supportent. Le mien passe par l’écriture (et la confection de licornes en carton). J’ai jeté ce matin quelques mots comme on cogne un sac de frappe, pour me défouler, pour crier (et ne pas faire peur aux voisins), pour me libérer de quelques maux.


Ne vous inquiétez pas pour moi, tout va bien (ou presque, j’ai envie de voir mon océan) ! J’avais envie de dire que tout ce qu’on vit en ce moment est fou, que nos représentants gèrent cette crise avec des moufles et des casques à pointes, et que parmi nous, heureusement, il y en a qui agissent, pour ceux qui ne peuvent pas, ne peuvent plus, ne savent pas, ne savent plus.



Pérégrinations Covidiennes

Comment trouver son équilibre quand, en surface, on sait naviguer avec aisance en société, et que cela bouillonne intérieurement.

Comment maitriser suffisamment le mot pour qu’il sonne juste.

Comment faire vibrer ces mots pour qu’ils touchent juste.

Comment faire émerger ces maux qui nous rongent, qui rongent notre tout, notre entourage et notre équilibre.

Comment se faire violence tout en étant bienveillant à son égard, comment ne pas générer de la violence à l’égard des autres, tout en donnant ses mots, ses mots propres, lavés de toutes colères malsaines.

Comment élever ses mots, qu’ils soient à hauteur de col, qu’ils filent dans l’air.

Comment ne pas faire de scène dans ce monde ou chaque mot peut être révélateur d’un mal.

Ère du temps qui ne nous écoute pas, qui ne soigne pas ses maux.

Aire du temps qui s’éloigne de ce qu’on est au fond.

Aire du temps qui manipule chaque mot pour paraitre, avec violence, sans être finalement soi.

Être soi, ou n’être que ses maux. La frontière est mince. Elle nous maintient à distance, entre équilibre précaire et colère du temps.

Fermées, les frontières sont à l’image des mots, elles se matérialisent contre l’ennemi invisible. C’est l’air du temps, qui s’insinue en un coup de vent, plus fort qu’un coup de pieds dans nos principes et nos valeurs.

Précaire, c’est notre état d’être en cet instant ou les mots nous manquent, ou chaque émotion est contenue dans des espaces clos.

C’est la raison de notre désarroi, et la réalité de beaucoup, qui s’insurgent en silence.

Même au temps de la solidarité, chacun sait mais ne veut, ne peut, ne croit voir la réalité d’un monde aux multiples maux.

Alors voilà mes mots, ceux d’un privilégié en colère d’être las.

Las d’une info qui ne protège ni ne libère.

Las d’un État qui ne sais que faire sien les mots des autres.

Las d’un système qui ne montre que la colère malsaine.

Las d’un état qui ne résout les problématiques qu’il rencontre que par l’affrontement.

Las d’entendre que la coopération est notre salut, deux doigts croisés derrière le dos, sur ces écrans infatigables.

Et je souris.

Je souris de voir les beaux mots des autres.

Je souris d’avoir ces mots pour soigner les miens.

Je remercie ceux qui agissent pour soigner les maux, ou qu’ils soient, quoi qu’ils fassent.

Je remercie ceux qui repoussent les frontières, quelles qu’elles soient, où qu’elles soient.

Je remercie ceux qui caressent le doux rêve des mots doux, saupoudrés sur ces maux, ceux qui aident, ceux qui se donnent.

Et je me nourris de ces mots.

Ceux qui me font sourire.

Ceux qui vous donnent le sourire.

Ceux qui font voler en vous un sentiment empli de liberté.

Ceux qui aspirent chez vous à un équilibre meilleur, à plus de justice, à moins de précarité.

Grâce à vous tous je n’ai plus peur.

Grâce à vous je sais que chaque mot se pèse, et qu’il est possible d’échanger le plomb contre la plume, l’arme contre la légèreté, les larmes contre un sourire.

Merci

C’est aussi libérateur qu’un bon entrainement de jiujitsu brésilien, mais ça fait beaucoup moins transpirer !



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